Culture Frisettes et Lianes

Rien qu’une histoire de cheveu ?

3 décembre, 2017

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Afro ! Avec un point d’exclamation svp !

Comme un cri du coeur, un cri de joie, une affirmation haute et forte !

A.F.R.O, 4 lettres qui expriment une libération !

Le livre Afro ! est issue d’une collaboration entre Rokhaya Diallo, journaliste, écrivaine et réalisatrice et Brigitte Sombié, photographe.

Dans cette ouvrage, les deux femmes donnent la parole à 110 parisiens dont le point commun est d’avoir une chevelure qui apparait comme hors norme aux yeux de certains et qui revendiquent le droit d’être qui ils sont sans avoir à entrer dans un moule que la société a forgé pour eux.

Hommes et femmes … Comédienne, consultant en informatique, blogueuse, danseuse, ex-ministre, journaliste, délégué ministériel … Ados, parents, enfants,…

Il y a encore quelques années, les magazines féminins notamment Grazia  posait la question de la longévité du mouvement « nappy » . Etait-ce juste une simple tendance mode ou un véritable mouvement qui devait durer dans le temps ?  

Nous avons la réponse aujourd’hui ! Le retour au naturel a fait son chemin dans les esprits. Je regarde avec émotion des collégiennes arborant fièrement leur afro. Nous avons réussi à faire respecter nos identités. Ils restent encore du chemin à faire certes mais nous pouvons regarder avec fierté le chemin parcouru.

Afro ! Juste une histoire de cheveux ?

« Tu en fais des tonnes avec tes histoires de cheveux ! »  O_O

Oui j’ai droit à cette gentille remarque de temps à autres.

Difficile de faire comprendre son expérience et sa manière d’appréhender les choses à des personnes qui n’ont pas eu le même vécu, surtout lorsqu’il s’agit d’un sujet qui peut paraître anodin comme les cheveux…

Oui le cheveu cette fibre de quelques millimètres fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreux débats.

Ces quelques millimètres lorsqu’ils sont crépus ou frisés peuvent constituer tout un pan d’une identité.

Imaginez-vous grandir avec l’idée que l’une de vos caractéristiques physiques soit considérés comme laides. Imaginez-vous devoir altérer un aspect naturel de votre corps parce que vous avez intégré l’idée que le naturel ne l’était pas car il n’est pas dans la norme …

Pour de nombreuses femmes noires, non ce n’est pas juste une histoire de cheveux. C’est une question de construction identitaire et d’acceptation de soi.

Afro ! n’est pas un ouvrage destiné uniquement aux afro-descendants. Tout le monde devrait le lire pour comprendre comment une remarque prononcée peut-être de manière anodine peut impacter un individu.

Le simple fait de pouvoir choisir de porter ses cheveux crépus, frises ou locses sans avoir le sentiment de transgresser une norme sociale est une libération pour nombre d’entre-nous.

Mon accident capillaire

J’ai eu mon premier défrisage à 5 ans. À l’occasion du premier anniversaire de mon frère cadet une de mes tantes avait jugé que ce serait plus joli que j’ai les cheveux lisses plutôt que de garder mes frisettes ou me faire des tresses.

Elle était coiffeuse donc étant considérée comme une experte, ma mère lui a fait confiance.

L’odeur âcre du produit, la chaleur insistante qui se transforme en brûlure puis le résultat. Des cheveux comme Barbie lisses qui bougeaient quand je tournais la tête en mode « L’Oreal, Parce que je le vaux bien ».

Cela n’a pas duré longtemps caf est venu le temps des croutes, du pus, des cheveux filasses qui collent au crâne …

Mon crâne avait été brûlé et mes cheveux ne repousseraient plus normalement avant longtemps…

Je ne m’étais jamais posé la question de l’aspect de mes cheveux avant cet incident. Désormais ça allait être mon plus gros complexe durant 15 ans.

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Le défrisage, un cercle vicieux

Il me faudra 15 ans pour apprendre à aimer mes cheveux. Non pas que je n’ai jamais aimé leur texture crépue au contraire. Je me suis battue pendant 15 ans pour faire accepter mon choix de ne plus vouloir me défriser les cheveux.

Apres ce 1ère défrisage, j’ai du enchaîner les tresses avec des rajouts. Mes cheveux poussaient et dès qu’ils atteignaient une certaine longueur hop , il fallait défriser  à nouveau pour, selon l’idée reçue,  « Les aider à pousser plus vite ».

Le cercle vicieux mes cheveux retombaient aussi sec, filasses, morts, …

Ma prise de contrôle

Comment construire sa féminité sans une belle chevelure ? Ado je me suis créer ce personnage de fille un peu casse-cou, garçon manqué qui s’en fichait de son apparence. Souffrance cachée. Je m’étais mis dans la tête que j’étais laide car je n’avais pas de cheveux et avait décidé de prendre les devants en m’acceptant ainsi plutôt que de laisser les autres me le dire.

Un moyen de se protéger. Cheveux courts, casquette vissée sur le crâne c’était moi.

Les profs me laissaient ma casquette en cours pour m’épargner l’humiliation de me montrer tête nue. J’avais décidé de « mutiler » mes cheveux. Je les coupais moi-même et refusaient les rajouts. Tant qu’à être moche autant l’être jusqu’au bout et au moins cette fois-ci c’est moi qui l’avait décidé. Une manière de prendre le contrôle.

Ma mère a fini par avoir gain de cause en m’envoyant chez le coiffeur et là ce fut le début de la « Pixie Cut »(coupe courte à la garçonne). À l’époque on n’appelait pas ça comme ca 😉.

Pour la 1ère fois, on me faisait des compliments sur ma coiffure sans que j’ai eu recours à des artifices. Victoire !

Cette parenthèse enchantée m’a permis d’intégrer l’idée que je n’avais pas besoin d’avoir des cheveux longs pour être jolie. Une révélation.

J’ai gardé cette coupe un moment, c’était ma signature mais c’était dur à entretenir. Babyliss, lissage, défrisage, de nouveaux ce fameux cercle vicieux…

Rajout, defrisage, rajout, defrisage , Marre !

Stop

Un beau jour, après un énième défrisage, je tombe sur un forum et découvre que l’on peut vivre sans défrisage !

Big chop , arrêt des rajouts puis locs. 12 ans que je prends plaisir à me coiffer enfin !

 

Etre soi, bien dans sa peau, fier de ses cheveux

Oui ce n’est pas juste une histoire de cheveux

Je reprends la baseline du livre car elle résume ce que représente pour nous, cette simple histoire de cheveux.

Ce petit millimètre signifie beaucoup pour une femme noire. Ce ne sont pas juste des cheveux, c’est une part de notre identité.

Si nous en parlons autant aujourd’hui, c’est pour que nos filles n’est plus à prendre ce sujet aussi sérieusement. Pour qu’elles puissent choisir de porter la coiffure de leur choix sans penser à camoufler leur vrai nature, sans penser que cela pourra leur porter préjudice pour trouver un travail, pour trouver l’amour, pour se sentir belle !

Ce livre exprime l’envie d’être soi librement …

Lisez Afro ! Partagez le et n’hésitez pas à me donner votre avis sur cette question 🙂

 

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